Pour le remercier, un groupe d'engagés indiens est allé voir les frères musulmans installés sur l'île, leur demandant de dresser un mât de plusieurs mètres de haut dans les jardins de la mosquée, en hommage à Nargoulan. Les responsables de la mosquée ont refusé, pour des raisons qui leur appartiennent. Les engagés se sont alors tournés vers les Malbars de l'île pour installer ce mât dans la cour du temple. Petit à petit, chaque temple tamoul de l'île a dressé un mât pour vénérer Nargoulan, leur héros musulman.
Ce saint musulman est donc vénéré par les Hindous dans les îles des Mascareignes, aux Antilles, au Surinam et en Guyane, car il protège les navigateurs. Cette coutume n'existe pas en Inde : c'est une spécificité des îles qui ont un passé d'engagisme indien.
« Bien qu'il soit de confession musulmane, il est vénéré dans les temples hindous. »
Nargoulan est un navigateur venu de l'Inde. Sur son bateau, il transportait des engagés indiens tamouls, ainsi que sa femme, qui attendait un enfant. La légende raconte que, lors d'une tempête, Nargoulan et tout son équipage ont été sauvés par la main d'Allah. Le culte et les récits des anciens montrent qu'il a réellement existé dans l'histoire de l'engagisme indien à travers le monde. Il deviendra un saint protecteur des navigateurs, vénéré principalement dans les îles comme La Réunion, Maurice, la Guadeloupe ou encore la Martinique. Il présente cette particularité remarquable : bien qu'il soit de confession musulmane, il est vénéré dans les temples hindous.
Dans certains temples, on pratique encore le sacrifice d'un animal — un bouc ou un coq, sacrifié dans la tradition « halal » — pour le remercier de sa protection et de sa bienveillance. Ensuite, un briani est préparé, présenté à Nargoulan, puis partagé avec tous les fidèles réunis.
De sa vie, on connaît très peu d'histoires. On peut imaginer qu'il a continué d'aider son prochain, de guider et parfois de sauver des victimes de malheurs imminents. C'est un saint comme Saint-Expédit, qu'on vénère sur les routes de La Réunion et qui accorde tout de suite ce qu'on est venu lui demander. D'ailleurs, Saint-Expédit — qu'on ne retrouve pas partout dans le monde — est très vénéré ici, à La Réunion, par les communautés chrétienne et hindoue de l'île.
Un symbole musulman dans un temple hindou : l'ouverture d'esprit des Tamouls de l'île. Le mât de Nargoulan trouve parfaitement sa place dans les koïlou, bien en évidence, le plus souvent devant le temple, à côté du carré de feu où se déroulera la marche sur le feu. Les fidèles ont l'habitude d'y brûler leur camphre au pied. Beaucoup — enfants comme adultes — ignorent l'histoire de ce mât. Maintenant, ils savent.
Cet article vit en entier ici, gratuitement. Mais le magazine, lui, est un objet à garder : Zarboutan n°3 « Kénaëlle », imprimé en tirage limité, pour les collectionneurs de la culture créole.
Zarboutan est édité par Komkifo et rejoint la grande étagère de la culture réunionnaise. Pour creuser le monde de Nargoulan et de l'engagisme indien, à la librairie Cultiv Anoo :